La dernière parade

- par 3allures

Texte par 3allures

[ RÉCIT ] Un vent frais fouette mon petit visage, ma longue crinière suit mes allures. Mes sabots touchent à peine le sol, on dirait que je m'envole. Je me sens en liberté, mais pourtant ce n'est pas le cas, j'ai un truc de métal dans la bouche. À chaque fois que je refuse d'écouter, j'ai des violents coups et je finis par céder. Sur mon dos, il fait chaud, même très chaud, et souvent c'est lourd. Je sais que je ne suis pas tout seul. Parfois je voudrais enlever cette chose de mon dos et redevenir le jeune poulain tout fringant, mais je ne peux, je n'ai plus cette force d'avant.

On m'amène un peu partout dans des places où il y a beaucoup de bruit, de musique, et moi je suis là à exécuter des pas de côtés, des pivots, des arrêts brusques qui me font un mal horrible aux pattes arrière. Parfois même, je tourne au tour d'un grand cylindre bleu, je galope très vite. Partout autour de moi, on m'applaudit ou on applaudit ce qu'il y a sur mon dos et après, quand tout est fini, je parade dans les rues tout doucement. C'est mon moment de répit, j'aime ça parce que plus j'avance, moins il y a du monde. Je crois que c'est parce que cette boule de lumière se cache derrière les montagnes, l'air change et est de plus en plus frais. Je frissonne malgré moi, je crois que la présence sur mon dos s'en est rendu compte, je sens dans le coin gauche de ma bouche une petite pression, je sais que bientôt je serai au chaud. La tête basse, les oreilles un peu couchées, j'écoute les bruits autour de moi. Je commence à reconnaître l'endroit.

Je suis enfin arrivé à ma destination. Quel plaisir! Pourtant je me sens faible, je n'ai pas la force d'ouvrir la bouche et prendre ce qui est à terre. Je n'ai pas faim. Ma bouche est très sèche, mais pourtant je ne prends pas la peine d'aller boire. La présence qui, d'habitude à cette heure-là, n'est plus à mes côtés, tourne sans arrêt autour de moi, elle a l'air inquiet. Elle me touche sur le ventre, regarde mes gencives et prends mon pouls. J'entends des voix autour de moi, je dois me relever, mais il y a dans mon ventre une douleur si intense que je reste clouté au sol. De force, on me fait boire un liquide amer. C'est mauvais, mais je me soumets. Après on me laisse tranquille. Je pense qu'on veut m'aider, mais il est trop tard, un dernier soupir traverse mes naseaux et je m'éteins.

Note : Si des opinions sont émises dans ce texte, elles ne reflètent pas nécessairement les opinions de poneyxpress.com.

Par cavaliero

cavaliero
Très beau texte qui va nous chercher jusqu'au fond de l'âme. Les derniers moments d'un cheval incompris qui a tout donné, jusqu'au bout... la triste fin de tout ce qui vit... les derniers soupirs et le dernier abandon... Je suis touché profondément par ton texte. Bravo !

Par bebee

bebee
les coliques... c'est affreux. Pauvre bete...tu m,as fais monter l'eau aux yeux...

Par dixiegirl

dixiegirl
Ouf! Pas facile à lire... Mais très beau texte! moi, l'eau a débordé de mes yeux...

Par Lover

Lover
C'est vraiment triste..On voit plein de texte de se genre et plein de personne ne réagisse pas..Mais les vrais amoureux des chevaux en ont les larmes au yeux..C'est un texte tres émouvant et il est venu me chercher..!!

Par chrono

chrono
Très beau texte malgré sa tristesse.Ce Qu'un cowboy redoute le plus,la perte de son fidèle compagnon.

Par .Cas'eey «

.Cas'eey «
Wow.. Ce texte est rm venu me chercher.. Il raconte bien la vie de certain chevaux, en un sens !