Le deuil n'exige pas nécessairement la mort
- par Emily
[ FAIT VÉCU ] La vie est faite d'événements heureux et moins heureux. Les nouvelles nous frappent souvent au visage sans qu'on ne puisse les voir venir. Parfois ce sont des nouvelles heureuses et le sentiment qui nous envahit est une euphorie totale; alors que d'autres fois ce sont de mauvaises nouvelles, qui viennent nous toucher au plus profond de notre être. La vie vaut la peine d'être vécue, mais n'est pas nécessairement facile à endurer. Il faut persévérer pour se rendre au-delà de nos limites émotionnelles, passer outre le mauvais pour atterrir dans le bon.

Photo fournie par l'auteureZoom
Il y a trois ans environ, j'ai écrit un texte sur la persévérance et les belles épreuves que la vie m'avait amenée à surmonter. Depuis ce temps, rien n'a cessé d'évoluer autour de moi.
En 2011, après tous les problèmes que j'ai eus pour garder mon beau cheval, j'ai pu participer à une saison de compétitions. Ma dernière avec lui, mais ça je ne le savais pas encore. Ce fut une saison incroyable, j'ai gagné pratiquement toutes mes catégories, finissant première de l'été en chasseur et 2e dans la médaille et l'équitation. Je suis allée aux Jeux équestres du Québec et, encore une fois, nous avons connu la gloire, remporté des médailles dans chacune de nos divisions et même participé à la classique de chasse et à la médaille de la Fédération équestre du Québec. Que de beaux souvenirs et de grands accomplissements. J'étais la fille la plus heureuse au monde. Tout allait pour le mieux : je m'améliorais sans cesse, toute l'année je m'étais remise à fond dans mon sport afin de rattraper les dernières années qui avaient été houleuses. J'ai pris soin de mon cheval comme si c'était la chose la plus importante au monde (en fait ce l'était).
Après ma saison, j'ai commencé à avoir des objectifs quelques peu différents. Je savais que je ne ferais plus de saison de concours complète, car je considérais avoir fait le tour des régionaux avec ce cheval. Il fallait donc que je passe aux provinciaux pour l'an suivant. Or, les provinciaux étant extrêmement dispendieux, il était certain que je ne pourrais pas me permettre la saison au complet. Même qu'à ma grande déception, avec mon petit salaire d'étudiante, il m'était impossible de payer tous les soins relatifs à mon cheval ainsi que quelques compétitions provinciales; comme je travaillais de semaine, je ne pouvais pas concourir de semaine... Je devais choisir entre payer des concours ou recevoir une paye qui me permettait de subvenir aux besoins de mon beau garçon.
Puisque je ne me voyais plus de vision vers les concours, j'ai pris la décision de changer de pension, afin de me rendre dans une écurie moins « compétitive ». Tant qu'à profiter de mon cheval, j'allais le faire comme il se doit : une belle petite écurie tranquille avec des sentiers de randonnée et de l'espace pour m'amuser. Je voulais aussi qu'il puisse aller jouer dans un beau grand enclos de gazon. J'avais de plus dans mon intention de passer mon cavalier 8 avec mon cheval, afin de pouvoir ensuite aller chercher mon brevet d'entraîneur niveau I.
J'ai rencontré des gens formidables à ma nouvelle écurie où j'ai passé une année complète. Mon cheval était heureux et nous avions même le projet de partir une petite école d'équitation, raison de plus pour aller passer mes brevets. Mais, mon cheval annonçait des problèmes de pieds qui risquaient de l'handicaper dans le futur si nous ne faisions pas quelque chose pour corriger la situation. Nous avons donc décidé de le mettre au repos et de le déferrer, sous l'avis du vétérinaire et du forgeron, afin de lui permettre de se refaire un pied en santé. Ce fut cinq à six mois de repos forcé, douloureux qui m'ont permis de me remettre en question. Quels étaient mes objectifs face à l'équitation? Mon cheval approchait les 15 ans et n'avait plus la même mobilité qu'avant. Je savais aussi qu'après cette mauvaise passe, il pourrait reprendre ses activités habituelles, donc je ne m'en faisais pas trop. Je repoussais mon entraîneur au printemps ou à l'autre automne en me disant que j'avais le temps.
À partir du mois d'octobre 2012, nous avons pu faire une réhabilitation tranquillement. Il a été super jusqu'au mois de mars 2013 où il a commencé à présenter une raideur au postérieur droit. De retour au repos.
Entre temps, nous avions commencé à bâtir et structurer notre école. Le propriétaire venait d'acquérir deux nouveaux chevaux pour l'école au cours de l'année, dont une avec laquelle j'avais déjà commencé à travailler afin qu'elle soit prête pour le printemps (moment où nous projetions d'ouvrir notre école). J'étais super enthousiaste à l'idée, car je voulais permettre à d'autres personnes d'apprendre l'équitation à un prix abordable, dans un environnement sécuritaire et familial. Mon objectif là-dedans n'était nullement l'argent qui en découlait, je ne comptais pas vraiment être payée les premiers temps, je voulais simplement que l'école rentre dans son argent pour qu'on puisse mener à bien le projet et ça me permettait de faire quelque chose que j'aimais beaucoup en prime. Je n'ai jamais rien demandé. J'entraînais les chevaux bénévolement et m'occupais aussi des chevaux de pensionnaires (sorties etc.) et j'avais beaucoup de plaisir à le faire. J'avais prêté mon cheval sur l'école sans frais, me disant que comme je donnais les cours, ça me faisait plaisir qu'il puisse servir à quelque chose! Mais il faut croire que les choses ne se passent pas toujours comme dans un film. Nous sommes donc partis dans une autre écurie.
Tout cela pour en arriver finalement en juillet. Mon cheval avait été vu par le vétérinaire en mai suite à sa raideur et elle avait conclu qu'il s'agissait peut-être d'une crise d'arthrose vu les changements de température du moment. On le remet donc au travail tranquillement et en juin je fais venir un acuponcteur pour le traiter. Après l'acuponcture, la raideur n'existe presque plus. En juillet, je lui fais sauter quelques croisillons pour voir comment il tient la route. Le lendemain, il a les pattes enflées comme deux gros tuyaux. La vétérinaire venait dans la semaine, heureuses circonstances, donc on l'a fait examiner; desmite légère du suspenseur. On le retourne au repos avec anti-inflammatoires et bandages. Sept semaines de repos avant qu'elle ne revienne et nous annonce en septembre qu'il semble guéri.
La mauvaise nouvelle réside dans les radiographies du jarret gauche. Son arthrose au jarret s'est énormément développée avec le temps et l'articulation est presque fusionnée. Ce qui limitera à jamais sa fluidité de mouvement et sa flexibilité. Sa carrière d'obstacle est donc pratiquement terminée. Il pourra sauter de petits obstacles mais seulement de temps à autres pour le plaisir. Il reste tout de même très fluide pour sa condition, il a encore de superbes allures, mais on doit éviter de l'user. Je tiens à le garder encore longtemps auprès de moi.
Je dois vous avouer que c'est extrêmement dur à entendre comme verdict. On revoit nos priorités. Moi qui croyais pouvoir faire un provincial avant de mettre officiellement fin à sa belle carrière, me voilà maintenant en deuil sans avoir même pu me permettre un petit parcours d'adieux. Ça peut avoir l'air étrange, mais ce cheval-là a été mon partenaire de vie pendant toute mon adolescence, mon partenaire de gloires et d'échecs en compétition. Pendant sept ans je l'ai monté avec une fusion presqu'irréelle. La sensation que tu as quand tu t'assois sur ton cheval, que tu sais qu'ensemble, rien ne pourra mal aller. Le cheval que tu connais par cœur, que dès qu'il semble aller vers la déroute, tu arrives à l'arrêter, juste avant que la crise ne se déclare. Que tu entres dans le « ring » de concours en sachant que tout ira bien, parce que ce cheval-là, tu le connais sur le bout de tes doigts et tu lui donnes ta confiance absolue. Tous ses états d'âmes sont les tiens, un petit changement dans son humeur et tu sais exactement ce qui ne va pas. C'est dur à expliquer à quel point un cheval peut donner autant de sentiments. À quel point on peut aimer un cheval. Il n'y en aura jamais deux comme lui, ça c'est certain. Parfois je me demande même si un jour je trouverai un cheval aussi plaisant à monter que lui. Parce que son coup de saut va me manquer. Sentir ses muscles en travail passer au-dessus d'un oxer de 3'3 pieds comme s'il s'agissait d'un vulgaire petit tronc d'arbre en travers de sa route. Je fais aussi le deuil de mon cheval qui ne pourra pas m'accompagner plus loin dans mes ascensions, qui ne participera pas à me faire passer mon cavalier 8. Je n'avais jamais envisagé la possibilité de passer mes brevets avec un autre que lui. Tout change. Parfois, je le monte pour sa remise en forme et je me sens nostalgique, car les émotions et les sensations sont tous encore présents, je peux les ressentir comme si je vivais le moment.
C'est difficile aussi, de voir tout le monde avec leurs jeunes chevaux en santé, franchir des parcours d'obstacles, avoir plein de défis et de choses à travailler. Parfois je me demande si je fais le bon choix. J'ai souvent des frustrations par rapport à moi-même, je rêve d'aller me chercher un nouveau petit projet, mais étant aux études, les moyens me manquent et je dois me contenter de ma vieille chose qui n'a plus vraiment le corps au travail. Et à chaque fois je me dis que je préfère encore le garder et le chérir jusqu'à la fin de ses jours, car malgré mon envie de gravir les échelons, jamais je ne pourrai être heureuse s'il n'est pas à mes côtés. Un autre cheval ne ferait que me rendre amer, je serais toute emballée les premiers temps, mais mon vieux copain me manquerait trop au fil du temps et je sais que j'aurais d'énormes regrets. Je l'aime à l'infini et tant qu'il vivra il devra m'endurer. J'ai des projets, mais ces projets pour un autre cheval ne pourront se réaliser qu'à condition que Baxter reste dans ma vie. Si je dois attendre quelques années avant de les réaliser, va de soi. Je suis jeune et j'ai toute la vie devant moi, même si certaines choses sont dures à accepter. Je lui dois la meilleure des retraites et des vies de papi possibles.
Parfois la vie met devant nous des situations qui nous obligent à tout remettre en question : nos projets, nos rêves, les choses qui semblaient déjà toutes décidées. Ce n'est pas toujours facile, un vieux cheval c'est coûteux, ça demande énormément de soins pour le peu qu'ils sont capables de nous donner. C'est dur aussi de trouver une personne qui acceptera de s'en occuper avec nous, une location ou un demi-pensionnaire, car tout le monde dans la vie ne souhaite que progresser et sauter toujours plus haut. La vie de propriétaire est beaucoup plus complexe avec un cheval restreint, puisque nous sommes limités à tous les niveaux. J'aimerais pouvoir tout avoir, mais ça ne fonctionne pas comme cela dans la vie. C'est pourquoi j'attends patiemment, je termine mes études et un jour, je caresse le rêve, dans quelques années, d'acquérir ma petite maison avec une petite écurie derrière. J'aimerais pouvoir y mettre mon cheval afin qu'il y passe la fin de ses jours heureux et me permettre d'avoir mon prochain projet avec lequel je pourrai m'amuser sans me limiter!
Pour l'instant, je prends soin de mon cheval, ça me fait des petites vacances d'entraînement. Ça me plait de bichonner un peu. Je monte quand ça me le dit et je ne me sens jamais forcée, puisque je n'ai aucun plan d'entraînement à suivre. Ça se reflète aussi sur son comportement à cheval, il y prend grand plaisir. Je peux me permettre de monter deux fois semaines, sans penser aux conséquences! J'ai même commencé à lui apprendre à faire la révérence! Ça me détend de pouvoir rester tranquille pendant des heures, à le regarder brouter et jouer dans les champs. Je le vois heureux, serein, mais je sais aussi que sa vie lui manque et que quand il me voit placer des obstacles dans le manège ou sauter avec un autre cheval, il m'observe attentivement, n'attendant que son tour. Quand un cheval part en concours, il attend patiemment, croyant que lui aussi sera du voyage. Je me suis promis, que le jour où je retournerais en concours avec mon nouveau cheval, j'amènerais mon vieil habitué en touriste et que je lui permettrai d'être mon partenaire de plat. Je sais que ça lui fera un grand plaisir.
Depuis 4 mois, je fais mon deuil, constamment à me poser des questions. Mon deuil d'un cheval qui m'a tout donné depuis mes 14 ans, avec lequel j'ai tant appris, avec lequel j'ai bravé les « rings » de concours, avec lequel j'ai franchi les limites de l'impossible. Aujourd'hui, du haut de mes 21 ans, il m'arrive parfois de pleurer en y pensant, de me dire que plus rien ne sera comme avant. Je garde toutefois une chose en tête : je n'ai pas tout perdu, car Baxter est toujours ici, avec moi et ça, seule la mort pourra le changer. Au final, je n'ai rien perdu; j'ai tout à gagner.
Note : Si des opinions sont émises dans ce texte, elles ne reflètent pas nécessairement les opinions de poneyxpress.com.




Par Gaby42
J'avais de projets similaires aux tiens. Je suis aller chercher mon niveau entraineur il n'y a pas si long temps et j'y suis arriver grace à mon nouveau cheval. Biensure, pauvre Magnum, avec lui je n'ai pas des liens aussi soudés qu'avec l'autre. Mais on dirait qu'il le sait et malgrétout il se donne corp et âme et garde toujours comme premier objectif de me plair. ***Ne lâche pas!***
Par caissie48
Par Miss Kiwi
Merci de l'avoir écrit ça m'a fait du bien de te lire.
Par Ali-Jab
Ali Jab était cela pour moi..mais après 1 ans au repos..je trouvais cela très dure de ne pas rider..de plus je montais la jument d'une autre..mais la fille était hypocrite et m'accusait de milles mots sans me le dire...j'ai donc décidé de ne plus toucher à une autre cheval que le miens car ca m'avais vraiment blessé et le pire son entraineur et la mienne disait que je fesait un travail merveilleux et qu'elle etait superbe la jument...J'ai trouvé une bonne famille pour lui..car j'étais vraiment malheureuse et aux études aussi avec des enfants..donc mon budget très restraint..elle l,a garder 1 ans et demi..elle c'est séparé et elle m'a demandé de le reprendre..ce que j,ai fait..Je pensais qu'il serait parfait pour ma fille de 13 ans..et ma puce de 5 ans malgrés sont 16.3 mains...Mais je me rendais compte que ma fille le poussait toujours trop..et qu'elle allait bousiller sa patte dans l,année...J'ai trouvé une demi-pensionnaire de mon age qui était plutot nerveux et cherchait un cheval de balade gentil...et calme..Elle est tombé en amour avec lui après plusieurs mois..je lui ai proposé que si elle voulait faire son acquisition c,etait ok!! J'ai Hustle que j'adore...mais vous savez si cela lui arrive aussi...je le garderais parreil..car pour ma fille je suis en train de faire l'acquisition d'une belle jeune jument...mais j,ai trouvé cela tres dure...mais la il est a mon ecurie je le vois souvent et je vais souvent l'aider...donc ca aide... Ali Jab était remarcble pour le travail en liberté..j,ai eu une relation que meme Hustle je suis pas la...Ce cheval me fesait extrement confiance..et je pouvais le monter sans selle sans longe...rien et je pouvais me promener pendant des heures...Mais la réalité, que meme avec un travail acceptable...2 pensions..plus tous les cours que je devais payer aux filles pour qu'elle continue a evoluer...ma fille devenait frustrée de pas pouvoir faire ses lecons avec lui..et je me chicanais toujours avec elle, car elle depassait ses limites...Donc ca été la raison de mon choix, est-ce que je me sens bien avec...des jours oui d'autre non...Avoir ma place, il serait la...mais la realité que je ne peux pas m'offrir une fermette la...
Par Lazarus
Oui, j'ai sa fille, et je pourrais la monter mais en même temps je me sens coupable de m'occuper d'elle et elle est dans son box et me regarde, je me sens coupable de penser à monter sa fille et elle, elle reste à me regarder... J'attends, je garde espoir... Avec le temps et l'accident de Kimmie, je me suis mise à avoir des problèmes à marcher, de jambes chroniques alors la vie me démontre encore une fois que moi et elle nous sommes encore soudée l'une à l'autre... Mais comme toute chose, sa fille me demande de plus en plus de temps et il me faudra l'écouter et la monter un jour! J'ai en même temps peur de perdre ce lien particulier que j'ai avec sa mère ...bref un paquet d'émotions qui se ratache au fait que je ne monte pas en ce moment....
Par xHorsee