Une histoire prend fin, une autre commence
- par mellow
[ FAIT VÉCU ] J'avais, dans mon premier article, expliqué ce que je croyais normal lorsqu'on possède un cheval, ou n'importe quel autre animal en prenant comme exemple ma première jument, Mellow Moon, une pur-sang réformée des courses. Je ne saurais dire à quel point je l'ai aimée, mais je suis sûre que beaucoup de personnes ici le savent et le comprennent, Mellow est décédée le 25 avril 2012 à la suite d'une torsion de l'intestin, ce jour-là, je n'étais pas près d'elle, trop loin d'elle, il y avait mon père, ma sœur, la vétérinaire, et des gens de mon écurie, elle n'était pas seule, j'y trouve du réconfort, même si je me reprocherai toujours mon absence.

Photo : Roberte ImbertZoom
Ce jour-là, j'étais en train de rire, oui de rire, quand on m'a passé ma sœur au téléphone, elle pleurait, elle avait du mal à parler, elle m'a dit que Mellow avait une colique, mon père a pris le relais, je pleurais déjà, de peur, d'incompréhension, et je lui ai demandé : « Papa, est-ce qu'elle va mourir? » parce que je savais au fond que c'était ça que ce ton désespéré dans la voix de mon père disait aussi clairement qu'un « oui », mais il fallait que je pose cette question, il fallait que je l'entende pour pouvoir laisser éclater mon désespoir, le « oui » a retenti plus vrai et plus terrible que ce que je m'étais imaginé. En l'espace de quelques secondes, je me suis écroulée en hurlant pour de bon, j'ai hurlé parce qu'il n'y avait que ça à faire, je ne pouvais pas réagir autrement, il m'était impossible de parler, de m'expliquer à mon copain qui me regardait sans comprendre, il était 21h et nous sommes allés prendre le train, je ne pouvais pas attendre là, mais je savais qu'elle partirait avant que je sois près d'elle. J'ai dû prendre la décision de l'euthanasie au téléphone, j'ai demandé désespérément s'il n'y avait aucune autre solution, je me souviens de chaque mot que la vétérinaire a prononcé « Je suis désolé, il faut prendre une décision, votre jument souffre, elle a du mal à respirer, son ventre est gonflé, j'ai fait les calmants, j'ai essayé de la dénouer avec la main, de la relever, elle refuse, elle a trop mal. » voilà, et là, au téléphone, loin d'elle, je l'ai dit : « Oui, allez-y, laissez-la partir » parce qu'il fallait le faire, parce que je n'avais plus le choix, ma jument avait abandonné, elle ne voulait plus, ne pouvait plus. J'ai raccroché.
À ce moment-là, je ne me souviens plus de ce qu'il s'est passé, bien que je sache que j'ai pris le train. Je me souviens de mon père et ma sœur lors de l'arrivée, des larmes de mon père que je n'avais jamais vues couler. J'ai demandé à la voir, elle était morte, mais j'avais besoin d'en être sûre, de lui dire au revoir, et quand je l'ai vue, je l'ai su, elle n'était vraiment plus là. Le beau cheval, son caractère, son regard, tout ce qu'elle avait été, c'était fini, elle était partie, pour de bon, pour de vrai, et je ne pouvais plus rien y faire. Je suis restée seule avec elle et je lui ai dit au revoir, je lui ai dit que je l'aimais, que j'espérais que la vie qu'elle avait eue avec moi l'avait rendue aussi heureuse qu'un cheval puisse être.
Je ne l'oublierais jamais, je garde une déchirure, je la garderais toute ma vie, cette mort soudaine, violente, qui n'aurait pas dû arriver à son âge... On se rend compte qu'il faut aimer jusqu'au bout, profiter jusqu'au bout des gens et de tous les êtres vivants qui sont présents dans nos vies et que nous aimons déjà, parce que tout va si vite, je ne souhaite à personne cette épreuve bien que je sache que cela arrive, je souhaite que vos chevaux vivent vieux et heureux. Mais cette histoire n'est pas la fin de mon histoire avec les chevaux, pourtant j'en étais persuadée, mais je ne peux pas vivre sans eux.
Par la suite, j'ai eu un poulain. Certains diront que c'était bien tôt mais, non, il n'est jamais trop tôt pour aimer, il est plus souvent trop tard. Voilà, Vaughan, trois ans, est entré dans ma vie, et j'espère qu'il y restera très longtemps, il est merveilleux, différent, notre relation est différente, mais je l'aime comme il est, il ne demande que ça, qu'on s'occupe de lui, et en l'honneur de Mellow, je le ferai du mieux que je peux. Tout ça pour dire que le malheur n'est pas éternel, la vie est ainsi faite de la perte des êtres que nous aimons, mais on en aimera d'autres, c'est ça qui est beau, c'est ça qui donne un sens à nos vies. À Mellow, à jamais près de moi.
Note : Si des opinions sont émises dans ce texte, elles ne reflètent pas nécessairement les opinions de poneyxpress.com.





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La vie continue, j ai un nouveau cheval mais je n oublierais jamais
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