Tu peux quand même la mettre belle
- par smjumper** - Mots-clés :
[ FAIT VÉCU ] J'ai pris la décision d'acheter un cheval qui n'était pas sain. J'avais pourtant un premier cheval en santé, dans la fleur de l'âge, prêt à m'offrir les plus belles années de sa vie. On ne peut cependant pas empêcher un cœur d'aimer et une petite jument blonde m'avait séduite il y a deux ans. Je ne sais pas si c'est le ruban rouge accroché à sa queue (toujours bon signe!) ou sa belle robe palomino qui a accroché mon regard en premier. Ou alors si c'était la prestance, la puissance et la confiance qu'elle dégageait, je ne saurais le dire. Maintenant, je peux vous dire que, de l'air, elle en déplace!
À sa mise en vente, j'ai longtemps hésité à contacter ses propriétaires. Étant étudiante à temps plein, avec un travail à temps partiel et avec un autre amour de 1200 livres qui me prenait déjà beaucoup de temps, je ne savais pas si je pouvais me permettre d'intégrer la petite jument dans la famille, tant au niveau du temps que de l'argent.
Son ancienne propriétaire et sa mère ont généreusement accepté de me prêter la jument pour l'été, avec une option d'achat à l'automne. Deux semaines et un examen vétérinaire après notre première rencontre, elle arrivait à l'écurie. Afin de m'aider à garder la jument en forme, j'ai décidé d'offrir la jument en demi-pension. Trois semaines après qu'elle ait foulé le sol de mon écurie, nous étions inscrites à un concours niveau Bronze en Ontario et nous classions au 3e rang sur 24 chevaux inscrits dans une classe où concouraient les juniors, les amateurs et les professionnels. Elle était le troisième plus petit cheval inscrit et la seule en bas de 15, 3 mains à se classer. Après des résultats aussi bons qu'inespérés, j'ai laissé du temps à la jument. La cavalière qui prenait la jument en demi-pension s'étant acheté un cheval, je devenais l'unique cavalière de ma ponette.
À notre second concours ensemble, nous avons terminé en 4e position sur 19 chevaux. Je prends le blâme de cette performance qui n'était pas à la hauteur du talent de la fusée dont j'ai été la maladroite pilote. Emballée, j'ai décidé de ne pas trop entraîner la jument pour le reste de l'été afin de la préserver pour les épreuves qualificatives des JEQ l'été suivant. Vous aurez donc compris qu'à ce moment, j'avais décidé d'acheter la jument. Après un massage, une visite d'achat et des rayons-x de son genou droit que je soupçonnais légèrement défectueux, le diagnostic est tombé : distension articulaire du genou droit et des deux boulets antérieurs, ostéophyte probablement fragmentée, synovite et ostéo-arthrose avancé. Ne voulant pas abandonner ma petite Tahiti, j'ai décidé de l'acheter et de la préserver au maximum, malgré le pronostique très réservé concernant la participation à de prochains concours avec ma jument. Il me faisait tellement plaisir de la voir galoper dans son paddock, lancer le foin dans les airs et s'apeurer quand il retombait sur elle.
L'entraînement très léger de cet hiver me permettait de la garder en forme, sans trop fatiguer ses pattes. Petits obstacles de 2', ballades au pas, séances de cardio dans la neige, tout allait super bien. En janvier, j'ai commencé à acheter mes affiliations nécessaires pour concourir, Tahiti sur un circuit et mon Papi (Picasso) sur un autre. Je ne pourrais pas vous dire à quel point j'étais excitée. J'en parlais jours après jours des progrès de Tahiti et combien elle serait belle et bonne cet été. J'étais aussi fébrile qu'un enfant le matin de Noël! J'avais tellement hâte de montrer MA jument. Il y a environ un mois, Tahiti commença à montrer des signes d'inconforts lorsque je la montais. Elle ne boitait ni en selle ni au sol, mais démontrait un inconfort très présent. D'autres pensionnaires m'accostaient pour venir me dire à quel point il était beau de la voir galoper dans le paddock. En effet, depuis que la neige a fondue, miss se permet de faire des longueurs de paddock toute la journée. Ayant avec elle quatre autres chevaux très athlétiques, il n'est pas rare de les voir piquer une course, le nez vers le ciel, la queue en l'air et les naseaux dilatés. Sans prétentions, c'est ma petite ponette qui gagne et ce, haut la main!
Soupçonnant la boiterie de provenir d'un effort trop récurrent de ses jarrets causé par le marathon qu'elle court chaque jour dans son paddock et ayant une confiance aveugle dans les chances de guérison rapide et complète, j'ai donc décidé de donner deux semaines de repos à Tahiti : bandages réguliers et carottes à profusion. Après deux semaines, tout semblait parfaitement normal et j'ai décidé de prendre une leçon de plat avec elle pour la remettre tranquillement en mode guerrière. Au courant de la semaine, tout allait très bien : pas, trot, galop. J'ai donc décide de faire un changement de pied au galop (et je dois préciser qu'ils sont quelque peu chaotiques d'où ma réserve à en faire plus tôt!) et soudain, c'a été la catastrophe. Elle n'a pas changé de pied en arrière (ce qui doit être complètement illégal et rebelle dans le monde de Tahiti). Je ne l'avais jamais vue manquer un changement de pied. Je suis descendue immédiatement, j'ai retiré la selle et la bride et l'ai fait bouger en liberté : aucune boiterie mais l'inconfort apparent était revenu et en force! Au sol, aucun problème; en selle, gros problème. C'était le jeudi.
Vendredi, je l'ai sellée et bridée et j'ai prié qu'elle aille mieux. J'avais une leçon de plat avec elle. Je l'ai marchée sans problème, j'ai décidé donc de commencer mon réchauffement pendant que mon entraîneur finissait de donner une autre leçon. Je l'ai trottée de nouveau et toujours cet inconfort. J'ai tout de suite arrêté ma jument et j'étais prête à fondre en larme. Mon entraîneur a interrompu sa leçon et m'a demandé de trotter Tahiti aux deux mains. Il a confirmé qu'il y avait un problème. Il pensait que ça venait du boulet de la patte arrière droite et, moi, du jarret de la même patte. Il m'a regardée et m'a demandé si j'étais pressée de la sortir en compétition. Je n'ai pas eu à réfléchir très longtemps puisque le bien-être de Tahiti était ce qu'il y avait de plus important pour moi. J'ai répondu non. Il m'a alors dit de lui donner deux mois de repos complet.
Deux jours plus tard, le verdict tombe (encore!) et on diagnostique une déchirure partielle du ligament suspenseur. J'étais atterrée. C'était la grosse déprime. Cela voulait dire une convalescence en box de 4 à 6 mois, ce qui était absolument impossible, connaissant le tempérament de Tahiti qui risquait de se faire plus de mal que de bien en étant gardée au box. Dans ma tête, la clochette fatidique d'une retraite anticipée sonnait comme un millier de coups de tambour. Ma mère me disait : « Elle pourra toujours faire un peu de randonnée quand elle sera guérie. ». Connaissant la condition des pattes et genoux de Tahiti, même si son ligament guérissait complètement (ce qui était peu probable puisqu'elle continuait de courir partout comme un canard!), je ne pouvais me permettre de la remettre à niveau sans complètement hypothéquer ses pattes déjà fragiles. Elle déteste avec passion le travail au plat et a une peur bleue des grands espaces verts. La randonnée, on oublie donc!
Je ne regrette pas du tout ma décision d'achat et ne regrette aucun choix, et je me dis qu'au moins elle s'est fait mal en s'amusant et non pas en se forçant physiquement à faire quelque chose que je lui demandais. Tahiti a peut-être un caractère similaire à celui d'un rottweiler croisé avec un taureau enragé, mais c'est comme ça que je l'aime et je suis heureuse de pouvoir lui offrir une belle retraite à 11 ans. J'espère pour elle que son ligament va guérir et qu'elle pourra continuer à galoper comme elle aime tant le faire.
Hier, j'ai rangé ses choses dans la sellerie secondaire, ses brides, ses polos et guêtres, ses tapis, sa selle, bref tout son équipement. La semaine précédente, je lui avais acheté un couvre-rein mauve. C'est aussi parti dans une caisse bien loin. En rangeant ses choses, j'avais l'impression qu'on me plantait un coup de couteau chaque fois que je déposais une pièce d'équipement dans les caisses. Étant prévoyante pour les concours, je lui avais aussi acheté un shampooing sec pour enlever les taches vertes. J'ai eu les larmes aux yeux tout de suite. Non seulement ma jument était blessée, mais c'est mon rêve de compétition qui s'était aussi évanoui. Je vais donc voir mère et lui demande ce que je devrais faire avec le shampooing sec. Voyant que j'étais au bord des larmes et complètement à terre, elle me dit : « Tu peux quand même la mettre belle. », une petite larme à l'œil. En entendant cela, je me suis dit que rien n'était arrivé pour rien. Ma mère avait peur d'approcher Tahiti quand elle est arrivée et n'avait pas confiance en ce cheval, me suggérant à plusieurs reprises de la renvoyer chez elle. Avec le temps, elle s'est mise à la flatter et à en avoir moins peur. Ma mère la nourrissait et lui donnait des bonbons, une fois de temps en temps. Je me suis donc dit que j'avais, en quelque sorte, accompli quelque chose avec ma petite palomino, et que ce quelque chose, même si c'était loin de ressembler à un circuit qualificatif, était tout aussi important. J'avais réussi à faire en sorte que Tahiti se sente chez elle et en confiance avec moi, ma mère et ceux qui la manipulent. Je voyais des détails auxquels je n'avais pas porté attention. Elle se laissait brosser par des enfants bruyants et maladroits (un exploit!) elle ne couchait plus ses oreilles quand elle passait à côté d'autres chevaux et était beaucoup plus agréable à manipuler. Je remarquais pour la première fois qu'elle était bien chez elle.
Note : Si des opinions sont émises dans ce texte, elles ne reflètent pas nécessairement les opinions de poneyxpress.com.



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