Surmonter les épreuves (partie 2)

- par Emily

Texte par Emily
Baxter et moi en compétition,  parce que nous sommes des gagnants,  peu importe le combat auquel on fait face. - Photo fournie par l'auteure
Baxter et moi en compétition, parce que nous sommes des gagnants, peu importe le combat auquel on fait face.

Photo fournie par l'auteureZoom


[ FAIT VÉCU ] Comme je l'ai dit dans la première partie de mon histoire, je n'ai jamais regretté mon choix de cheval au final. Oh, oui d'accord, ça m'a pris un temps fou avant de l'apprécier pleinement parce que je n'étais pas assez avancée. Disons que lorsqu'on est habitué à des chevaux d'école, on a du mal ensuite à apprécier ceux de pensionnaires parce qu'on les trouve bizarres. Je ne dis pas que mon cheval était difficile ou complexe, simplement que ce n'était pas comme sur un autre cheval, il était plus vif, plus athlétique, il avait l'encolure très basse (ce qui me dérangeait beaucoup avec le niveau que j'avais), il était énorme pour moi, il galopait croche (ce qui est encore le cas mais, au moins maintenant, je suis habituée et je sais contrôler un peu). Enfin bref, vous voyez le genre. Mais à pieds et dans l'écurie, j'ai appris à l'aimer très vite, car ce cheval-là, c'est le plus gentil qu'on ne puisse pas trouver sur terre.
Baxter et moi en compétition, parce que nous sommes des gagnants, peu importe le combat auquel on fait face. - Photo fournie par l'auteure
Baxter et moi en compétition, parce que nous sommes des gagnants, peu importe le combat auquel on fait face.

Photo fournie par l'auteureZoom


Enfin, après cela, tout s'est rapidement enligné dans ma vie. La trahison de mes parents s'estompait peu à peu, je commençais à arrêter de me renfermer dans ma bulle, je passais le plus clair de mon temps à l'écurie. J'ai toujours été quelqu'un de très solitaire, pas un ermite, mais je n'ai jamais vraiment cherché à m'entourer d'un million d'amis. Je suis le genre de personne qui se contente de ses deux trois meilleures amies auxquelles elle peut totalement accorder sa confiance. Il y a des gens qui ont du mal à comprendre cela, je me suis déjà fait traiter de sauvage parce que, je dois l'avouer, j'étais peu sympathique avec les gens à l'école. Et ça ne m'a jamais vraiment dérangée. J'avais mes amies, c'était assez, je n'avais pas besoin d'avoir le monde à mes pieds, j'étais bien comme cela. Et j'avais mon cheval. Que demander de plus?

En fait pour être totalement honnête, mes deuxième et troisième secondaires sont assez flous dans ma tête, je me rappelle seulement quelques événements marquants, sinon j'étais simplement un fantôme qui passait dans les couloirs de l'école. J'étais une débauche, je ne faisais pas attention à rien, je mettais n'importe quoi comme vêtements, je partais à l'école avec une broussaille sur la tête et mes vieilles lunettes sur le nez. J'avais vraiment l'air d'une pauvre. Et pourtant, ce n'est pas comme si on n'avait pas les moyens pour que je me force un peu... Non, ma vie se résumait à : je me lève... en retard. Je mange une cuillère de Nutella. Je me brosse les dents. Bon mes cheveux sont vraiment trop fous pour que je les laisse de même. Je me fais une queue de cheval. Ah tiens, j'ai du linge propre par terre, on va mettre ça. Bon je vais manquer l'autobus, allez. Ah merde mon sac d'école... Tant pis je n'ai pas le temps. École. Faut faire un travail d'équipe, je vais m'arranger pour que le professeur ne me voit pas et je vais le faire seule. Ah enfin l'école est finie. Écurie toute la soirée, bon un peu plus d'entrain! Retour à la maison. Bon je vais aller sur l'ordinateur. Ah il est 2 h du matin, je devrais peut-être me coucher. Ok. Ça, c'était mes journées en deuxième et troisième secondaires, avouez que ça avait l'air palpitant!

Enfin bref. Mais si on enlève ces épisodes-là, ça allait bien, parce que l'écurie occupait le plus de place dans ma vie. J'ai vécu deux années de bonheur avec mon cheval, j'ai fait des compétitions et ça allait bien, mes saisons 2007, 2008 et 2009 étaient vraiment parfaites. J'avais un cheval de rêve et je ne l'appréciais même pas encore comme il l'aurait mérité. Je dois vous dire qu'avant cette année, je n'ai jamais mérité mon cheval. Parfois notre mode de vie nous aveugle énormément sur le reste du monde et les réalités de la société. Mon père possédait une compagnie qui marchait extrêmement bien dans plusieurs pays du monde. Mon cheval est l'un des milliers de caprices qu'il m'a accordés. Pour moi l'argent, c'était quelque chose d'abstrait, ça tombait du ciel, ça poussait dans les arbres. Je voulais quelque chose? J'allais voir mon papa. Plusieurs me diront : « Wow, c'est chill là d'avoir tout ce que tu veux. » Oui et non. Oui parce que tu n'as pas besoin d'envier, mais le problème c'est que même si tu n'as plus à envier les gens de ton niveau, reste à envier les gens qui te sont supérieurs. Mais en fait, je n'enviais pas vraiment. Je n'avais juste aucune valeur de l'argent. Quelque chose dans mon équipement équestre brisait : pas de problème, on allait en acheter un autre. Papa? Mes couvertures pour Baxter sont trop petites... Ah oui, ok on va aller en chercher des plus grandes. Papa? J'ai perdu ci, ça et ça. Ok on va aller en chercher d'autres. Papa? Bref, vous voyez le genre? Même chose pour les vêtements ou pour toutes sortes d'autres choses.

Et puis voyez-vous, un jour, tout ce monde-là s'est écroulé. Et je suis tombée de haut. Il y a eu une histoire avec les compagnies et je ne vais pas entrer dans les détails, mais ces deux dernières années n'ont pas été faciles. Pour la première fois de ma vie, j'ai vu à quel point tout ce qu'on pouvait bâtir ne tenait qu'à un fil. Je crois que la vie a voulu nous punir et nous faire comprendre que nos agissements n'étaient pas ceux auxquels on devait se tenir. Oh, croyez-moi, j'en ai voulu longtemps à la vie. Je pensais que c'était juste pour me compliquer les choses qu'elle faisait ça. L'histoire de compagnie a tranquillement commencé à mal virer. La déprime me tirait un jus énorme. Et là, on a réalisé qu'on allait peut-être devoir vendre nos chevaux. Et là, j'ai réalisé à quel point Baxter comptait pour moi et à quel point j'étais déterminée à ne pas le perdre. J'ai commencé à me chercher un travail, mais ça été un peu compliqué, parce que je n'avais aucune expérience et très peu de disponibilité. Et on dirait que je faisais tout pour rater mes entrevues. J'avais cette façon de bien commencer et de dire quelque chose de complètement stupide vers la fin. Je paniquais, je dormais peu, j'avais un stress énorme sur les épaules. Et plus ça allait, moins bien les choses se présentaient. Au moins je m'étais trouvé une demi-pensionnaire, je travaillais à l'écurie pour payer la pension de mon cheval. Mais pour le reste, je n'avais aucune ressource. Ça a été une période très noire. J'étais totalement démotivée, j'allais à l'écurie et j'avais du mal à regarder mon cheval de peur qu'il ne soit plus là, je n'arrivais plus à me concentrer quand je montais, à l'école j'étais constamment en train de faire des calculs pour savoir ce qu'il me faudrait payer sur mon cheval et des listes d'endroits où aller porter mes curriculum vitae. Et pourtant, quelque chose en moi me disait qu'il fallait que je continue, ne pas baisser les bras.

Cette année-là, j'ai eu quatre demi-pensionnaires en dedans de seulement six mois. C'était plutôt compliqué, surtout que mon cheval a choisi cet hiver-là pour boiter tout l'hiver, j'étais un peu au bord de la crise de nerfs. Avez-vous déjà essayé de trouver une demi-pension? Ça peut tellement prendre du temps. Moi, j'étais prête à mettre n'importe qui sur mon cheval. Certains vont dire : «  Ben là, pauvre cheval, c'est méchant ça se fait pas. » Mais en situation de crise comme celle-là, l'opportunité qui se présente, tu ne peux pas la refuser ou la laisser passer. Et la priorité c'était de mettre quelqu'un sur Baxter pour pouvoir le garder peu importe le compromis qu'il y avait à faire. Je savais que je rattraperais les gaffes par la suite, ça, j'avais la force de le faire, mais la force de laisser aller mon cheval, jamais je ne l'aurais eue. Et sachez que j'ai pensé mille fois le vendre, je me suis dit que ce serait plus simple, que mon stress partirait, que ça serait de l'argent récupéré pour mes parents, que lui ne subirait pas notre crise économique. Mais je n'ai jamais été capable de m'y résoudre. La seule chose qui comptait pour moi, c'était de trouver comment faire pour le garder.

Mon père et ma belle-mère passaient le plus clair de leur temps en cour, on croyait vraiment qu'on allait perdre. L'optimisme s'évadait tranquillement de nos vies. Ils dépensaient des sommes folles en frais d'avocats. Si ça virait mal, il y avait bien des chances qu'on se retrouve sous la protection de la faillite. Qu'est-ce que cela signifiait pour moi? Au revoir Baxter. Et en plus, dans ce cas-là, je ne pouvais même pas choisir où il allait. Il aurait été mis aux enchères et il pouvait tout aussi bien se faire acheter par la boucherie du coin et finir sa vie empaqueté à l'épicerie. À ce moment-là, j'ai encore plus remis en question l'idée de le vendre : au moins si je le vendais maintenant, je pouvais m'assurer qu'il aurait une belle vie, tandis que si je le gardais, je prenais le risque qu'il finisse en pâté de viande. Et fouillez-moi pourquoi, j'ai pris le risque, parce que j'y croyais vraiment. Je crois qu'en fait, ça m'a sauvée, de croire qu'il était impossible que mon cheval disparaisse de ma vie. La force de mes croyances a été encore plus puissante encore que le négativisme et les événements qui me tiraillaient.

Et là les événements s'enchaînaient les uns après les autres, notre chien qui soudainement a un cancer, le dégât d'eau dans notre maison qu'on a dû vivre deux mois à l'hôtel, les factures qui s'accumulaient. Bref, ce n'était pas la joie.

Finalement fin mai l'an dernier, j'ai été embauchée au Cache-à-L'eau à Boucherville. J'ai mal commencé mais, avec l'aide de plusieurs personnes, j'ai réussi à me faire une petite place et à y rester, d'ailleurs je ne remercierai jamais assez toutes les personnes qui m'ont permis de m'améliorer et de prendre conscience de ce que j'avais à faire. Et ça va bientôt faire un an que je travaille là-bas. Et j'adore ça, ce qui est un gros plus, hein! Et vous voulez savoir pour Baxter? Bien je l'ai encore. J'arrive à payer tous les frais. Je travaille à l'écurie pour la pension, j'ai un tiers de pension qui est formidable, je travaille les fins de semaine au Cache-À-L'eau et ça paie mon vétérinaire et mon forgeron en plus de mes suppléments vitaminiques. Je débourse environ 450 $ par mois pour faire vivre mon cheval. Et cette année, j'ai décidé de recommencer à faire les compétitions, chose que j'aurais cru impossible à faire encore récemment. Et vous savez ce qui est le plus beau? J'ai enfin appris les vraies valeurs de la vie. De là à dire que l'argent ne fait pas le bonheur, donnez-moi du temps, c'est encore tout nouveau pour moi. Mais maintenant je sais que mon cheval, je le mérite au maximum et je lui donne tout l'amour dont il a besoin. Je travaille fort pour pouvoir l'avoir avec moi, souvent je fais des sacrifices; je veux sortir, ah si je suis serrée ce mois-ci, j'oublie ça. Je veux des nouveaux vêtements; j'ai les chaussures à mon cheval à payer d'abord, après on verra. Ne vous inquiétez pas, je sais aussi trouver l'équilibre, je ne m'empêche pas de sortir, de prendre du bon temps et de m'acheter des trucs de temps à autres. Mais je suis maintenant entièrement responsable de mon cheval et je dois en assumer les frais. Si mon cheval traverse une mauvaise période, c'est ma responsabilité de l'en sortir. Je ne peux pas tout abandonner du jour au lendemain. J'ai appris que j'avais un cheval extraordinaire, je n'avais encore jamais ouvert les yeux. Dans les deux dernières années, j'ai appris à connaître mon cheval comme je n'avais jamais essayé de le faire. Il est l'animal le plus gentil que la planète n'ait jamais porté, curieux comme pas deux et toujours prêt à tout me donner. Je me suis excusée mille fois de ne pas lui avoir toujours donné ce qu'il aurait du avoir, de n'avoir pas su être à la hauteur de son grand cœur et de son extrême patience. Il aurait mérité beaucoup mieux que la Emily d'il y a deux ou trois ans. Maintenant je suis contente de pouvoir rattraper mes années perdues.

Je ne présente pas mon histoire pour que les gens disent : « Ah pauvre toi! Ce n'était pas facile. » Blablabla. Parce que c'est totalement faux. N'importe qui aurait été capable de se trouver un travail et de remédier à la situation. Moi, j'avais un bagage de merde à ce niveau et j'ai procrastiné et déprimé trop longtemps. J'étais presque rendue prête à abandonner l'école le temps de replacer les choses. Par chance que je n'ai pas eu à le faire parce que je ne sais pas où je serais rendue en ce moment dans ma vie. Non, je veux juste conscientiser les gens au fait que la force de la volonté et de l'optimisme sont les plus beaux cadeaux que la vie peut vous donner, il faut les cultiver. Même quand les temps sont sombres et que tout semble aller mal, il faut continuer de croire, parce que sans cela, vous n'êtes plus rien. La croyance c'est une petite lumière en-dedans de vous, qui brave toutes les obscurités qui l'entourent, c'est cette petite lumière-là qui vous permet de passer outre les choses qui vous semblent insurmontables. Vous savez ce que j'ai appris moi de cette histoire? Toujours croire en quelque chose et s'y accrocher du plus fort que l'on peut. Si vous avez une passion, vivez-là à fond, on ne vous le dira jamais assez. Ne perdez pas espoir, cramponnez-vous à cet espoir quand vous sentez le désespoir vous envahir et vous secouer au grand complet. C'est toujours plus facile d'abandonner, mais quand on abandonne, on ne fait que retourner à la case départ avec une déception en prime. Voulez-vous vraiment vivre votre vie avec des regrets? Vous dire à 80 ans que votre vie n'était qu'une série de petits épisodes décevants et que vous auriez aussi bien mieux fait de vous faire frapper par un autobus à 15 ans? Il est certain que ça ne marchera pas toujours comme vous le voulez. Il y a des fois où vous serez déçu, où vous aurez tout donné et que ça n'ira pas dans la décision que vous le souhaitez mais, au moins, vous regarderez en arrière en vous disant que vous avez tout essayé, qu'il n'y avait rien de plus à faire et que si vous avez perdu ce combat, c'est parce qu'il y en a un meilleur encore qui vous attend et dont vous ressortirez vainqueur. Vous savez, les épreuves rendent plus fort; quand on traverse des épreuves, on mature et on prend de l'expérience. C'est ça l'expérience de vie. Elle permet de rectifier des erreurs commises dans le passé. Si une telle situation se présente à nouveau, vous saurez comment y réagir et au moins vous aurez déjà plus de facilité à la gérer que la première fois. Croyez en vous, c'est le seul moyen que vous avez de vous assurer une vie pleine de bonheur et de succès.

Note : Si des opinions sont émises dans ce texte, elles ne reflètent pas nécessairement les opinions de poneyxpress.com.


Baxter et moi en compétition, parce que nous sommes des gagnants, peu importe le combat auquel on fait face. - Photo fournie par l'auteure

Par Noé1

Noé1
15/10

Par Françoise*

Françoise*
Wooooooow, j'avais pas vu ce texte-là moi Tu écris vraiment bien Louthe! (Baxtoune, on l'aime et j'espère que tu ne parles pas de moi quand tu dis que tu étais prête à mettre n'importe quoi sur ton cheval haha )

Par Jenn24

Jenn24
wow tu écrit vraiment super bien et je te souhaite de longues années de bonheur avec ton Baxter!

Par Samee_

Samee_
wow tu ecrie vrm bien et je te souhaite de belle annee avec ton beau baxter que tu aime a la folie

Par aud15

aud15
Wow, sa me touche vraiment que tu es réalisée la valeur de ton monde, c'est tellement beau. Je connais tellement de gens dans le monde des chevaux qui malheureusement vivent la meme chose que toi avant, et plusieurs les traites de "gâtés-pourris" mais ses gens la se n'est pas vraiment de leur faute, ils n'ont rien appris d'autres que cette maniere de vivre, pourquoi seraient-ils différents? Quand tu as tout ce que tu veut, tu ne peut pas "envier" quelque chose comme tu dis, et cest sa qui leur manque a ses personnes... Sa me soulage que toi tu te soit sortie de la et que tu es réaliser la valeur de l'amour que te porte ton cheval et aussi la valuer de l'argent ... Bravo, magnifique texte!

Par satouk117

satouk117
waw tu ma totalement émue là, tu m'a foutu les larmes aux yeux. Ta dernière phrase dit tout et tu as eu une expérience de vie, comme tu dis. J'ai vécu pas mal de choses pas très facile moi non plus, comme sa peut arriver à tout le monde, et on en sort plus mature et plus fort de ces expériences. Tu as entièrement raison, ton texte est émouvant parce qu'il est VRAI et je suis d'accord avec tout ce que tu dis, mais malheureusement il y a des gens qui ne comprendront jamais ce que tu viens d'écrire et ce que tu viens de vivre. En tout cas je leur souhaite de comprendre un jour ton texte et, "comprendre", veut dire VIVRE ce que tu as vécu. Personne ne peut comprendre ta situation si elle ne l'a pas vécu, ce qui lui octroie le droit de juger. Et malheureusement bien trop de gens jugent sans connaître quoi que ce soit de la situation dont ils jugent.

L'espoir fait vivre comme on dit